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Passions turques : un truc de femmes

August 17, 2008 by Yves Gonzalez-Quijano · 3 Comments 

A la suite de productions sud-américaines – notamment mexicaines avec le très célèbre Cassandra – qui avaient déjà rencontré un énorme succès il y a presque vingt ans, la chaîne satellitaire panarabe MBC (à capitaux saoudiens) a eu l’idée de programmer différents feuilletons turcs, doublés en arabe bien entendu. Passée relativement inaperçue lors des premiers essais, la diffusion cette saison des Années perdues (سنوات الضياع : image ci-dessus) et de Nour (نور : image plus bas) est à présent un authentique phénomène de société.

Cela explique pourquoi cet été, période durant laquelle nombre de familles du Golfe vont chercher ailleurs un peu de fraicheur et de distraction, la Turquie est brusquement devenue une des destinations favorites des estivants arabes. Pour ceux qui ne voyagent pas, certains commerçants ont imaginé de proposer aux jeunes femmes des jupes et des robes au nom des interprètes féminines de ces deux séries. Dans les salons de coiffure, la dernière mode, ce sont les coupes “à la Lamis”» ou “à la Nour”» (du nom des héroïnes des deux séries), tandis que la jeunesse des deux sexes s’arrache les T-shirts à l’effigie de leurs vedettes (des deux sexes) préférées. Read more

Mort de Mahmoud Darwich : “Ceux que tu aimes sont partis…”

August 10, 2008 by Yves Gonzalez-Quijano · 4 Comments 

… alors sois, ou tu ne seras jamais.

Au moment de ces lignes, on ne sait encore où sera enterré Mahmoud Darwich. Probablement à Ramallah où “l’Autorité palestinienne” annonce déjà qu’elle souhaite ériger un monument à sa mémoire, et non pas dans sa terre natale, près de Haïfa. On peut penser en effet que les dirigeants israéliens n’accèderont pas à la demande qui leur a été adressée d’autoriser la mise en terre du poète là où il est né et où il a vécu jusqu’à son exil en 1970. Read more

Musiques alternatives (5) : Maroc

July 31, 2008 by Yves Gonzalez-Quijano · 3 Comments 

La “fusion”, au Maroc, c’est de l’histoire très ancienne puisque les premières tentatives entre les multiples traditions musicales locales et tout qui ne s’appelait pas encore la world music remontent à plus d’un demi-siècle : l’écrivain mais aussi compositeur américain Paul Bowles s’installe à Tanger en 1947 et reçoit la visite des poètes de la beat generation Allen Ginsberg, William Burroughs…

Un peu plus tard de très grands noms viennent aux sources, réelles ou imaginées, de leurs musiques : parmi bien d’autres noms, Brian Jones, le guitariste des Rolling Stones en 1969 bien entendu, mais aussi, côté (free) jazz, Ornette Coleman en 1973 et tout récemment Archie Shepp. Bien avant eux, c’est moins connu, il y avait eu le très grand pianiste Randy Weston ouvrant à Tanger, dès 1967, The African Rhythm Club.

Au cœur de ces rencontres musicales, la musique séculaire des gnawas, réinterprétée notamment par deux groupes qui continuent, trente ans plus tard, à faire référence sur la scène marocaine et même bien au-delà : Nass El Ghiwane (déjà évoqué dans ce billet) et Jil Jilala, dont le nom fait référence à un mystique du XIIe siècle, fondateur d’une confrérie soufie.

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Musiques alternatives (4) : Syrie

July 20, 2008 by Yves Gonzalez-Quijano · 3 Comments 

Si besoin était de le prouver, l’évolution récente de sa scène culturelle suffirait à montrer que la Syrie n’est plus ce pays bloqué vivant dans un autre âge, comme coupé du monde. A l’unisson des autres pays de la région, la production musicale y a connu un véritable tournant il y a une dizaine d’années. Est apparue alors une génération d’artistes désireux d’apporter une nouvelle interprétation du répertoire traditionnel en l’ouvrant aux courants musicaux apportés par la mondialisation.

Il y a une spécificité syrienne toutefois, celle de la faiblesse du secteur privé qui commence tout juste à se développer, y compris dans le marché des biens culturels, conjointement à l’existence de structures nationales de formation qui peuvent être de qualité. Dirigé par la comédienne Mai Skaf (مي إسكاف), al-theatro reste encore pratiquement le seul espace où la riche scène musicale alternative syrienne, souvent issue du Conservatoire national, peut rencontrer son public, en concert, le jeudi soir (jour de week-end). Read more

Musiques alternatives (3) : Liban

July 16, 2008 by Yves Gonzalez-Quijano · 2 Comments 

Mission impossible que prétendre présenter ne serait-ce qu’un aperçu des scènes musicales alternatives au Liban ! Mais pour déblayer un peu le terrain, tout ce qui est “rap” est laissé de côté dans ce billet (en espérant y revenir par la suite). Heureusement, plusieurs producteurs (et distributeurs) locaux spécialisés dans ce type de musique ont bien mâché le travail !

Citoyen mon frère ! Change-toi donc les idées en allant écouter Ziad [Rahbani] ce soir.
– Et s’il y a une explosion ? – Mieux vaut mourir en écoutant Ziad que vivre en regardant la Star’Ac !

Tony Sfeir, l’infatigable animateur d’un haut-lieu de la culture vivante à Beyrouth, la CD-thèque, s’est lancé il y a quelques mois seulement dans une nouvelle aventure : Incognito (إنكونيتو). L’idée consiste à mettre sur pied une sorte de réseau régional (essentiellement Liban, Egypte, Syrie et Jordanie pour le moment). Ces “œuvres culturelles alternatives” sont produites par des créateurs qui sont le produit de leur environnement culturel et qui, tout en s’enrichissant des expériences des artistes du monde entier, donnent un écho authentique des problèmes et des conditions sociales de leur région (traduction libre de la déclaration d’intention présentée sur le site). Read more

Musiques alternatives (2) : Egypte

July 3, 2008 by Yves Gonzalez-Quijano · 1 Comment 

L’anniversaire de sa disparition, il y a quelques semaines, 31 ans après sa mort, a permis de le constater à nouveau : Abdel Halim Hafez (عبد الحليم حافظ), la grande vedette, avec Oum Kalthoum, de la chanson égyptienne des années 1950 n’a rien perdu de sa popularité. A en croire cet article dans Al-Hayat, les enregistrements du “rossignol brun” diffusées en cassettes audio – le format audio qui reste encore le plus accessible aux classes populaires – se sont vendus à plus de 150 000 exemplaires. L’éditeur musical, Sawt al-fann, en a aussitôt remis sur le marché 100 000 (à titre de comparaison, 15 000 seulement pour les CD audio).

Si la “chanson de papa” conserve son public, la jeunesse locale a depuis longtemps opté pour la musique de sa génération, la jeel music, sorte de techno-pop arabe apparue dans la seconde moitié des années 1990. Produit de masse souvent considéré comme vulgaire, tant sur le plan de la qualité musicale que des paroles et des modèles qu’elle véhicule, la jeel music se rachète une conduite depuis quelques années en faisant des incursions du côté d’une chanson islamique à la fois modernisée et mondialisée (voir ce billet).

Depuis quelques années, une autre voie est peu à peu ouverte par quelques musiciens locaux, parfois associés à des aventuriers de la musique provenant d’autres horizons et séduits par la scène égyptienne.

Fondé en 1999, le groupe Wust el Balad (وسط البلد – Centre ville) illustre bien cette tendance. Rejoints par des musiciens venus de toutes les régions de l’Egypte et en particulier du vivier des familles nubiennes émigrées au Caire, véritable creuset des nouvelles musiques, les deux copains de lycée ont sorti leur premier disque, après des années de galère. (Extraits musicaux et infos sur leur site, en anglais.)

Plus récent, le groupe Massar Egbari (مسار إجباري – Sens obligatoire), né à Alexandrie, appartient au même courant, mais avec peut-être plus d’exigences, notamment sur le plan de la démarche musicale. Comme l’explique Aymane Massoud (أيمن مسعود), le pianiste leader du groupe, dans cet entretien pour l’Ahram hebdo, il s’agit bien de refuser une société “machine à production de stéréotypes qui envahissent nos pensées et accaparent nos sentiments jusqu’à étouffer en nous toute velléité de création et d’innovation”. (Vidéo d’un concert à Malte en 2007 qui montre bien la manière dont ce rock oriental revisite la tradition.) Read more

Musiques alternatives (1) : Jordanie

June 24, 2008 by Yves Gonzalez-Quijano · 2 Comments 

C’est une règle qui souffre peu d’exceptions, sur nos écrans de télévision en particulier : les images du monde arabe s’accompagnent presque inévitablement des mêmes illustrations sonores. Quel que soit le sujet, on a droit, au choix, à l’appel à la prière ou au solo de nay (flute) ! Comme si les clichés de la musique orientale devaient nécessairement faire contrepoint aux images toutes faites de la représentation médiatique des Arabes !

Pourtant, et pour peu que l’on sorte des stéréotypes sur les Arabes et leur musique dont on nous rebat les oreilles, on “entend” très vite que ça bouge beaucoup sur la scène musicale, même si on ne comprend pas les paroles ! Bien loin de ratiociner sur leur passé glorieux, les artistes d’aujourd’hui sont à l’écoute du monde dont ils se servent pour régénérer leur héritage.

Au regard de certains de ses voisins, l’Irak en particulier, la tranquille Jordanie ne peut pas se vanter de posséder une immense tradition musicale. La petite révolution qui s’y déroule depuis quelques années n’en a donc que plus de signification par rapport au pays lui-même, qui apparaît désormais comme un des lieux où se font entendre les “musiques alternatives”. Elles ont en commun, dans la plupart des cas, de chercher à faire fusionner les traditions arabes avec les sons des musiques du monde.

La grande vedette locale se nomme Zade Dirani (زيد ديراني). Agé d’une vingtaine d’années seulement, le jeune pianiste n’en a pas moins été retenu par le roi jordanien comme l’une des six personnalités jordaniennes “qui guident leur pays vers son avenir” (one of the six achievers that are leading the country into its new era). Choqué par les conséquences du 11 septembre, notamment en termes d’images des Arabes dans l’opinion mondiale, Zade Dirani a décidé de mettre sa musique au service de la compréhension entre les peuples.

Pour cela, il a créé Roads to You, une formation musicale qui regroupe des interprètes venus de tous les pays – y compris de Palestine et d’Israël -, relayée par une fondation qui propose notamment des projets au profit de l’enfance défavorisée (Beautiful world). Read more

Liban : le temps de la parole contre l’oubli

May 13, 2008 by Yves Gonzalez-Quijano · 3 Comments 

Au Liban, les fantômes de la guerre civile hantent les mémoires plus que jamais, et cela donne toute son importance à cette archéologie de la guerre à laquelle s’obstinent certains artistes, en dépit d’un “consensus mou” qui prétend les faire taire au prétexte d’une fragile réconciliation nationale trop vite décidée.

C’est exactement ce qui s’est produit à la fin du mois d’août 2007, lorsque Rabih Mroué (ربيع مروّه) a voulu présenter à Beyrouth une pièce intitulée Comme Nancy aurait aimé que tout cela ne soit qu’un simple poisson d’avril ! (لَكَمْ تمنَّت نانسي لو أن كل ما حدث لم يكن سوى كذبة نيسان). Read more

Boycott du Salon du livre : quand une langue est réduite au silence

April 7, 2008 by Yves Gonzalez-Quijano · 6 Comments 

Choisir l’Etat israélien, à l’occasion du soixantième anniversaire de sa création, comme invité d’honneur du Salon du livre de Paris n’était pas, à l’évidence, totalement dénué d’intentions politiques. Venu officiellement pour l’inauguration, le président Shimon Pérès fut d’ailleurs reçu avec tout le protocole d’un chef d’Etat comme en témoigne cette photo des Champs-Elysées. Dans ce contexte, le boycott arabe et musulman était inévitable.

Boycott qui a suscité des prises de position, tout aussi inévitables, critiquant cette attitude de refus et justifiant la position israélienne, sans craindre d’affirmer, par méconnaissance sans doute, des contrevérités. Read more

Chanson et politique : “Je hais Israël.”

March 22, 2008 by Yves Gonzalez-Quijano · 6 Comments 

Telles sont quelques-unes des paroles (traduction intégrale en anglais ici) d’un titre, Je hais Israël (بكره إسرائيل) qui a porté il y a quelques années Abdel-Rahim “Shaaboula” Shaaban (عبد الرحيم شعبان dit شعبولا) aux premiers rangs de la chanson arabe. Read more

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